La Gazette de l’Immo

Mise à jour : 10 août 2026

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Dossier · Agence

Ouvrir une agence immobilière et la faire tenir

Ce qu'il faut réunir pour exister légalement, ce que prélève chaque forme d'exercice, et pourquoi une agence paie avant tout le monde et encaisse après tout le monde.

Vitrine d'agence immobilière de quartier vue depuis la rue, affiches de biens et barème d'honoraires collés sur le verre

En bref : ouvrir une agence immobilière, c’est réunir quatre pièces qu’aucun bailleur ni aucun banquier ne vous réclamera : une carte professionnelle délivrée par la chambre de commerce, une garantie financière ou la déclaration de ne détenir aucun fonds, une assurance de responsabilité civile professionnelle par établissement, un barème d’honoraires affiché. Le reste est du commerce ordinaire. La difficulté arrive après, et elle tient dans l’article 6 de la loi du 2 janvier 1970 : rien ne vous est dû tant que l’opération n’a pas été conclue et constatée par écrit. Vous paierez donc des mois avant d’encaisser un centime. En 2024, selon Altares, 1 243 agences ont déposé le bilan, contre 912 en 2023.

Vous allez me dire qu’il faut entre 50 000 et 100 000 euros pour ouvrir. C’est le chiffre qui circule sur presque toutes les pages consacrées au sujet, et il n’est pas faux. Il est inutile, parce qu’il additionne des dépenses qu’on choisit et des obligations qu’on subit sans jamais dire lesquelles sont lesquelles.

En novembre 2018, j’ai racheté le fonds du Cabinet Vidalot rue de la Colombette pour 145 000 euros, dont 40 000 d’apport, le reste sur sept ans, soldé en novembre 2025. Très au-dessus de la fourchette. Un confrère qui démarre aujourd’hui en déclarant ne détenir aucun fonds, depuis un bureau de 20 m² en périphérie, sort à moins de 10 000 euros. Très en dessous. Les deux ont ouvert une agence immobilière au même sens légal du terme.

Ce qui sépare ces deux ouvertures, c’est le nombre de mois pendant lesquels il faut payer un loyer, une assurance et des abonnements de diffusion avant que le premier acte notarié ne libère le moindre honoraire. Ce chiffre-là dépend de vous, donc personne ne vous le donnera. Je peux donner le mien, la mécanique qui le produit, ce que prélève chaque forme d’exercice, et les quatre obligations réglementaires qui, elles, ne dépendent de personne.

Je dirige une agence indépendante de six personnes à Toulouse depuis novembre 2018. J’ai fait 455 000 euros hors taxes en 2025 et 348 000 en 2023, avec cinq mois cette année-là sans me verser de rémunération. Les chiffres que je donne comme miens sortent de mes comptes ; les autres portent leur source et leur date.

Ce que la loi Hoguet appelle une agence, et ce qu’elle n’exige pas

Une agence immobilière, au sens du droit français, c’est une personne titulaire d’une carte professionnelle qui se livre à l’entremise sur les immeubles et les fonds de commerce. Le local n’entre pas dans la définition. La vitrine non plus.

Le cadre tient dans deux textes que vous entendrez citer tous les jours pendant vingt ans : la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet, et son décret d’application n° 72-678 du 20 juillet 1972. Le premier crée l’activité réglementée et pose la rémunération au résultat. Le second dit comment : aptitude, garantie financière, assurance, registres, comptes.

Voilà la liste exacte de ce que la réglementation exige de vous :

  • une aptitude professionnelle, par le diplôme ou par l’expérience salariée ;
  • une carte professionnelle, portant la ou les mentions correspondant à ce que vous ferez : T pour la transaction, G pour la gestion, S pour le syndic ;
  • une garantie financière, sauf si vous déclarez ne recevoir ni détenir aucun fonds ;
  • une assurance de responsabilité civile professionnelle, pour chaque établissement ;
  • un barème d’honoraires affiché, visible et lisible.

Et voici ce qu’elle n’exige pas, contrairement à ce que répètent des dizaines de pages : un BTS professions immobilières. Aucun texte ne rend ce diplôme obligatoire. L’article 11 du décret de 1972 ouvre l’aptitude professionnelle à trois voies, et l’expérience salariée en est une à part entière. Moi, je n’ai ni BTS ni licence d’immobilier. J’ai obtenu ma carte T en 2018 sur trois années de fonctions de cadre chez un titulaire, et je le dis sans complexe parce que ça change tout pour les reconvertis à qui on vend une formation dont ils n’ont pas besoin.

L’Autorité de la concurrence a rappelé le détail dans son avis du 2 juin 2023 : deux ou trois années d’études après le baccalauréat selon la spécialité, ou dix ans d’emploi subordonné dans une activité soumise à la loi Hoguet, ou quatre ans en qualité de cadre, ou encore le baccalauréat plus trois ans d’emploi subordonné. Une réserve, et elle piège beaucoup de monde : la voie de l’expérience n’est ouverte qu’à ceux qui ont exercé comme salariés. Un indépendant qui compte ses années de mandataire pour obtenir sa carte se heurte à ce mur-là. Les quatre conditions cumulatives et les mentions de la carte ont leur propre page.

Les chiffres de fermetures d’agences se contredisent d’une source à l’autre

Deux organismes ont publié à quinze jours d’intervalle, début 2025, le nombre d’agences immobilières défaillantes en 2024. Le groupe BPCE annonce 1 232, en hausse de 225 %. Altares annonce 1 243, en hausse de 36 % sur les 912 de 2023.

Regardez bien. Onze unités d’écart sur le total, et deux évolutions qui ne peuvent pas être vraies en même temps. Laquelle des deux séries a raison, je n’en sais rien, et ce n’est pas mon métier de trancher : je ne produis pas ces chiffres, je les lis. En revanche, le second est repris partout, parce que 225 % fait un meilleur titre que 36 %.

Les deux séries s’accordent en revanche sur le sens et sur la cause. Les ventes de logements anciens ont reculé de 11 % en 2024, à 775 000 transactions, après une chute de 22 % en 2023. Et Altares précise quelles structures cèdent : les plus récemment créées, et les monoactivités qui ne vivent que de la transaction.

Cette précision-là vaut tous les budgets prévisionnels du monde. L’agence qui ne fait que de la transaction encaisse par à-coups, deux à quatre mois après un événement qu’elle ne maîtrise pas. Celle qui gère des lots encaisse tous les mois. J’ai repris 74 lots en 2020 d’un confrère qui fermait, et ces honoraires de gestion sont la seule ligne de mon compte d’exploitation qui n’a pas bougé en 2023, pendant que la transaction perdait 43 % sur deux ans. Ils n’ont pas sauvé l’année. Ils ont payé le loyer.

Un tableau de trésorerie imprimé sur une feuille A4, annoté au stylo bleu, posé sur un bureau à côté d'une calculatrice

La carte professionnelle coûte 160 euros et se renouvelle tous les trois ans

La carte professionnelle est délivrée par la chambre de commerce et d’industrie du lieu du siège, et non plus par la préfecture depuis 2015. Sa validité est de trois ans.

Les tarifs sont fixés par l’arrêté du 10 février 2020, applicables depuis le 1er mars 2020, et la CCI du Tarn les publie comme ses consœurs :

FormalitéMontant
Carte professionnelle initiale, ou ajout d’une mention d’activité160 €
Renouvellement de la carte130 €
Modification de la carte68 €
Récépissé de déclaration préalable d’activité96 €
Attestation d’habilitation d’un collaborateur55 €

La dernière ligne est celle que personne ne compte. Chaque personne qui négocie pour vous, salariée ou agent commercial, doit être habilitée, et chaque habilitation coûte 55 euros. J’en ai six. Ça ne ruine personne, mais cette ligne n’apparaît dans aucun budget d’ouverture et revient à chaque recrutement comme à chaque départ.

Le dossier se dépose avec les justificatifs d’aptitude, l’attestation de garantie financière ou la déclaration de non-détention, l’attestation de responsabilité civile professionnelle, le numéro d’immatriculation au registre du commerce et les attestations bancaires. La chambre demande elle-même le bulletin n° 2 du casier judiciaire ; vous n’avez pas à le produire.

Le piège classique : demander une carte T seule quand on prévoit de la gestion locative dans dix-huit mois. Ajouter une mention coûte le tarif d’une carte initiale, 160 euros, pas celui d’une modification. J’ai ajouté ma carte G en 2020 en reprenant le portefeuille, et j’aurais gagné du temps à la demander dès le départ. Côté calendrier, aucun texte ne fixe de délai d’instruction à la chambre, et les durées annoncées varient du simple au quintuple selon qui les annonce : le détail se regarde source par source.

La garantie financière : 110 000 euros, 30 000 les deux premières années, ou rien du tout

Le montant minimal de la garantie financière est de 110 000 euros. L’article 32 du décret de 1972 le ramène à 30 000 euros pendant les deux premières années d’exercice. Et une troisième possibilité existe, que je n’ai vue traitée sérieusement nulle part : zéro.

L’article 3 de la loi Hoguet dispense de garantie financière le professionnel qui déclare son intention de ne recevoir ni détenir aucun fonds, effet ou valeur. L’avis de l’Autorité de la concurrence en décrit les contreparties à son paragraphe 50 : une mention particulière sur les documents professionnels, une affiche en vitrine, et la mention « non-détention de fonds » ou « absence de garantie financière » portée sur la carte elle-même.

Le paragraphe 53 du même avis mérite d’être lu deux fois : « L’activité d’entremise immobilière ne donne généralement lieu à aucun maniement de fonds, à l’exception des cas rares dans lesquels l’acheteur verse un acompte lors de la signature du compromis de vente. » En transaction pure, l’immense majorité des agences pourraient donc s’en dispenser : le séquestre part chez le notaire, et c’est déjà l’usage.

La dispense vaut activité par activité. En gestion locative, vous encaissez des loyers pour le compte de tiers, donc vous détenez des fonds, donc elle ne joue pas pour cette mention-là. Et le plancher n’est qu’un plancher : le montant réel se cale sur le maximum des sommes que vous prévoyez de détenir. Ma garantie chez Galian est passée de 120 000 à 300 000 euros en 2020, le mois où j’ai repris les 74 lots. La cotisation a suivi.

Un point que je n’ai compris qu’après coup, et qui manque dans la plupart des guides : ni vos salariés habilités ni vos agents commerciaux n’ont besoin de leur propre garantie financière. Les premiers sont couverts par la vôtre du fait du lien de subordination, les seconds parce que le 1° de l’article 4 de la loi Hoguet leur interdit de détenir des fonds. C’est au paragraphe 52 de l’avis. Si un réseau vous facture une garantie financière comme mandataire, regardez de près ce qu’il vous vend.

L’assurance de responsabilité civile professionnelle se compte par établissement

L’article 49 du décret de 1972 impose de justifier à tout moment d’un contrat couvrant les conséquences pécuniaires de la responsabilité civile professionnelle, et il le formule ainsi : « pour chaque établissement, succursale, agence ou bureau ».

Par établissement. Pas par entreprise. Je l’ai appris en mars 2020, en ouvrant un second point de vente à Balma : le bureau partagé était un établissement, il fallait une attestation à son nom, et la chambre me l’a réclamée avant que quiconque m’ait prévenu. J’ai fermé ce bureau quatorze mois plus tard, 22 000 euros de pertes, pour des raisons étrangères à l’assurance. La leçon tient quand même : chaque adresse ouverte multiplie une obligation, pas seulement un loyer.

L’obligation s’étend aux agents commerciaux que vous habilitez, depuis la loi du 24 mars 2014, avec des conditions minimales de contrat fixées par arrêté. Un détail mérite d’être relevé sur le montant : l’arrêté du 1er juillet 2015 a converti le seuil de l’arrêté de 1972 en remplaçant « 500 000 F » par « 75 000 € ». Une conversion, donc, pas une revalorisation. Le plancher qui couvre votre responsabilité sur des ventes à 300 000 euros date en réalité de bien avant l’euro. Ne vous alignez pas dessus : regardez ce que votre contrat couvre en défaut de conseil et en erreur d’estimation, puisque c’est de là que viennent les sinistres.

Je ne publie pas ma prime, parce qu’elle dépend de mon portefeuille de gestion et de mon historique, et qu’un montant sorti de son contexte se transforme en référence de marché. Une chose est sûre en revanche : la RCP n’a jamais décidé de mon année. La garantie financière, si, le jour où j’ai pris de la gestion.

Le barème d’honoraires s’affiche avant d’avoir un seul bien à vendre

L’affichage des honoraires est une obligation d’ouverture, pas d’exploitation. Elle vous concerne le premier jour, avant le premier mandat.

L’article 2 de l’arrêté du 10 janvier 2017 impose d’afficher de façon visible et lisible, à l’entrée des établissements recevant de la clientèle, le cas échéant sur les vitrines, et sur tout support de communication au public en ligne dédié au professionnel : le prix de vente du bien, le montant maximum des honoraires toutes taxes comprises, et la personne qui en a la charge. Le site de votre agence est un tel support. Votre vitrine aussi.

Trois erreurs reviennent, et je les ai commises avant de les voir chez des confrères. Afficher un taux sans préciser s’il porte sur le prix net vendeur ou sur le prix affiché, ce qui rend le pourcentage incomparable d’une agence à l’autre. Afficher un barème hors taxes quand le texte dit toutes taxes comprises. Oublier que depuis avril 2022, ce qui s’affiche est un taux maximum, ce qui a déplacé la négociation sans que beaucoup s’en aperçoivent.

L’enjeu dépasse la formalité : le barème non affiché fait partie des motifs qui font basculer un contrôle de la répression des fraudes en procès-verbal administratif plutôt qu’en simple avertissement, et le déroulé d’un contrôle laisse peu de place à l’improvisation.

Sur le fond, j’ai arrêté en 2020 de justifier un pourcentage. Le vendeur qui discute vos honoraires discute presque toujours autre chose : le prix que vous lui annoncez, ou le sentiment que vous n’avez pas travaillé. La mécanique complète tient dans la page du barème.

Indépendant, franchise, réseau intégré ou mandataire : ce que chacun prélève

Les agences dites traditionnelles s’organisent de quatre façons, et un cinquième modèle existe à côté d’elles. L’avis de l’Autorité de la concurrence les décrit à ses paragraphes 107 à 122.

L’agence indépendante : une enseigne, une marque, rien à reverser. C’est mon cas. L’Autorité relève que ce modèle « demeure largement majoritaire au sein de l’Hexagone » et que « plus des deux tiers de ces entreprises n’emploient aucun salarié ». Autrement dit, l’agence type de ce pays, c’est une personne seule. Quand on vous parle du secteur, on vous parle de ça, pas des enseignes qu’on voit dans les rues commerçantes.

Le réseau intégré, organisé en succursales qui ne sont pas juridiquement indépendantes : la tête de réseau contrôle tout. Citya, Foncia et Human Immobilier fonctionnent ainsi. Vous n’ouvrez pas votre agence, vous dirigez la leur.

La franchise : un droit d’entrée, des redevances périodiques, une marque et un savoir-faire. Selon l’Observatoire de la franchise cité par l’Autorité, ces réseaux occupent un quart du secteur immobilier et pèsent 35 à 40 % du chiffre d’affaires du marché. Century 21, Laforêt et Guy Hoquet sont les plus gros.

La coopérative : les salariés détiennent la majorité du capital et des droits de vote. Orpi a ouvert la voie en 1965, l’Adresse a suivi.

Le réseau de mandataires, enfin, où vous n’êtes pas titulaire de la carte mais habilité par celui qui l’est. Les montants sont publics : une redevance mensuelle généralement comprise entre 100 et 200 euros, et une rétrocession de 60 à 80 % de la commission, à laquelle s’ajoute une part pour le parrain, souvent autour de 5 %, quand le mandataire appartient à une équipe.

Le calcul que je fais faire à tous ceux qui me demandent conseil tient en trois lignes. Une redevance de 150 euros par mois fait 1 800 euros par an. À 70 % de rétrocession sur des honoraires de 8 000 euros, une vente vous laisse 5 600 euros. La redevance vous coûte donc un tiers de vente par an. Six ventes ou dix-huit, et le verdict s’inverse : la part fixe pèse d’autant plus lourd que le chiffre d’affaires est bas, en franchise comme chez les mandataires. La comparaison poste par poste se refait avec vos propres nombres, pas avec les miens.

Pourquoi une agence encaisse après tout le monde et paie avant tout le monde

L’article 6 de la loi Hoguet est la phrase qui commande votre trésorerie, et presque personne ne vous la lira à voix haute. La voici : aucune somme d’argent représentative d’honoraires, de frais de recherche, de démarche, de publicité ou d’entremise quelconque « n’est dû […] ou ne peut être exigé ni accepté » avant qu’une opération n’ait « effectivement été conclue et constatée par un seul acte écrit contenant l’engagement des parties ».

Traduction en trésorerie. Vous payez la photo, le déplacement, la diffusion sur les portails, les heures de visite, le temps passé au téléphone avec le notaire, et vous ne facturez rien. Pas d’acompte. Pas de provision. Pas de frais de dossier. Si la vente ne se fait pas, tout ce travail est perdu, et il l’est légalement.

Comparez avec les autres professionnels autorisés à faire de l’entremise, ce que l’Autorité fait à ses paragraphes 74 à 78. Le notaire facture la rédaction du compromis, distinctement du mandat, et le paiement se fait comptant à ce moment-là. L’avocat ne peut pas fixer d’honoraires reposant uniquement sur le résultat : il est payé tout de suite. Seul le géomètre-expert partage votre sort.

Ajoutez le délai réel. Entre le mandat signé et l’acte authentique, il se passe couramment cinq à huit mois, dont deux à trois entre le compromis et la signature. Vos charges, elles, tombent tous les 5 du mois. Mon loyer est de 1 780 euros hors taxes, mes abonnements de 2 950, et ces deux lignes-là ne savent pas si j’ai vendu.

C’est ce décalage qui m’a mis à terre en 2023, et je le raconte parce que c’est ce qui manque partout. Les taux ont monté au printemps 2022, mes acquéreurs ont cessé de passer en juin, et je pilotais encore sur les nombres de 2021. Le compromis qui ne se signe pas à l’automne devient un trou de trésorerie au printemps suivant. Résultat : 348 000 euros de chiffre d’affaires, 43 % sous 2021, un résultat négatif de 18 600 euros, un découvert autorisé porté à 40 000 euros et utilisé jusqu’à 31 000 en septembre, cinq mois sans me verser de rémunération. Ma compagne a payé les traites de la maison pendant ce temps-là.

Je n’ai pas manqué d’information. J’ai manqué de règle. Sur ce qui est dû quand la vente échoue de peu, la question de la commission a sa propre page. Pour votre ouverture, la conséquence tient en une ligne : six mois de charges fixes provisionnés avant de commencer, et un premier encaissement significatif attendu quatre à huit mois après.

Un jeu de clés d'agence sur un porte-clés étiqueté, posé sur un contrat papier plié, lumière rasante de fin de journée

Les trois postes de coût d’une agence, et le seul sur lequel on décide vraiment

L’Autorité de la concurrence identifie au paragraphe 106 de son avis les trois principaux coûts supportés par les agences immobilières : le local commercial, la masse salariale, et la diffusion des annonces sur les plateformes.

Le local, vous le choisissez une fois et vous le subissez neuf ans. La masse salariale, vous la choisissez au recrutement et vous la subissez tant que la personne est là. La diffusion, elle, se renégocie chaque année : c’est le seul poste sur lequel un dirigeant garde une prise réelle après l’ouverture.

Mes chiffres donnent une échelle, pas une norme. Outils et diffusion réunis, environ 2 950 euros hors taxes par mois au 1er janvier 2026, soit 35 400 euros sur l’année, soit 7,8 % de mon chiffre d’affaires 2025. Je rapporte ce total à deux nombres que je recalcule chaque janvier : 369 euros par mandat rentré, sur 96 mandats en 2025, et 1 142 euros par vente, sur 31. Ça, c’est mon chiffre, ce n’est pas le vôtre. La méthode, en revanche, se transporte : tant qu’une agence ignore ce que lui coûte un mandat rentré, elle négocie ses abonnements au sentiment.

Et l’erreur la plus chère est un contrat, pas un tarif. En février 2019, quatre mois après le rachat, j’ai signé sur un salon un pack logiciel et site web à 389 euros hors taxes par mois, trente-six mois d’engagement, deux mois de préavis, résiliation anticipée impossible. Quatre mois d’utilisation ont suffi à me faire comprendre que la reprise de mes données ne se ferait jamais correctement, et j’ai payé jusqu’en avril 2022. Environ 14 000 euros pour quatre mois d’usage.

Depuis, deux règles que je n’ai jamais enfreintes : aucun engagement au-delà de douze mois, quel que soit le rabais, et un rappel d’agenda quatre-vingt-dix jours avant chaque échéance, sur les onze contrats que je porte. La première m’a fait rater de bonnes affaires. Je la garde. Les tarifs que les éditeurs et les portails affichent réellement, quand ils affichent quelque chose, sont relevés dans le comparatif des prix publics du secteur.

Le seuil écrit à l’avance, ce qui manque à la plupart des plans de trésorerie

Si vous tenez déjà un tableau de trésorerie et que vous le mettez à jour tous les mois, cette section est pour vous. Les autres feraient mieux de commencer par le tableau.

Un plan de trésorerie prévoit. Il ne décide pas. Voilà ce qui m’a manqué en 2022 : j’avais l’information sous les yeux, mois après mois, sans aucune règle pour la transformer en décision. On regarde une courbe descendre en se disant que le mois prochain sera meilleur, et on a raison une fois sur trois.

Ce que je fais depuis janvier 2023 tient en trois lignes écrites en haut de ma feuille de calcul. Un indicateur avancé, un seul : le nombre de compromis signés dans le mois, parce qu’il précède l’encaissement de deux à trois mois quand le chiffre d’affaires, lui, ne raconte que le passé. Un seuil chiffré. Et une durée : deux mois consécutifs sous ce seuil déclenchent une liste de décisions préparées six mois plus tôt, à froid.

Le contenu de la liste importe moins que son existence. Chez moi : renégociation du bailleur, coupe des abonnements de confort désignés à l’avance, décalage de tout investissement non engagé, reprise personnelle de la prospection terrain. Je l’ai appliquée en janvier 2023, avec sept mois de retard. Je n’ai licencié personne, et Thibault comme Sabine sont encore là.

Un prérequis, avant de vous y lancer : un tableau tenu à quatre-vingt-dix jours et rempli à la main, pas un tableau de bord de logiciel. Je tiens le mien depuis janvier 2019 et je le mets à jour moi-même le 5 de chaque mois. Ce geste-là ne se délègue pas, parce que c’est en le faisant qu’on voit venir.

Où vérifier ce qu’on vous raconte avant de signer

Deux ressources gratuites devraient être ouvertes avant toutes les autres : le fichier national des professionnels de l’immobilier tenu par CCI France, et l’avis de l’Autorité de la concurrence de juin 2023.

Les registres publics et gratuits.

  • Le fichier national des professionnels de l’immobilier, tenu par CCI France, recense les cartes délivrées par les chambres depuis le 1er juillet 2015, les établissements secondaires et les attestations de collaborateur. On y vérifie la carte d’un cédant avant de racheter son fonds, ou celle d’une tête de réseau avant de signer une habilitation. Gratuit.
  • L’avis n° 23-A-07 de l’Autorité de la concurrence du 2 juin 2023, cent pages sur le marché de l’entremise immobilière. À lire pour les modèles économiques du secteur, avec des ordres de grandeur sourcés plutôt que des affirmations de plaquette. Gratuit, en accès direct.
  • Légifrance, pour la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970 et le décret n° 72-678 du 20 juillet 1972. Le texte plutôt que son commentaire, notamment les articles 29 à 32 sur la garantie financière et l’article 49 sur l’assurance. Gratuit.

Les sources chiffrées du marché. Les notes de conjoncture des notaires de France, l’indice Notaires-INSEE des prix des logements anciens, trimestriel et publié avec deux mois de décalage, la base des demandes de valeurs foncières pour les mutations réelles, la production de crédit à l’habitat de la Banque de France. Chacune a son champ, son rythme et son retard : savoir laquelle ouvrir devant quelle question évite de citer un chiffre qui ne mesure pas ce qu’on croit.

Ce que je ne recommanderai pas. Les formations à 3 000 euros qui vendent de la posture mentale à des gens dont la difficulté est de ne pas savoir compter. Je ne nomme personne : mon différend avec un prestataire ne fait pas une vérité sur son produit. Mais une formation qui ne vous apprend pas à tenir un tableau de trésorerie ne vous apprend pas le métier de dirigeant.

Par où commencer si vous ouvrez cette année

Aujourd’hui, en dix minutes et gratuitement : reprenez vos bulletins de salaire et vos diplômes, et vérifiez laquelle des trois voies d’aptitude professionnelle vous est ouverte. C’est la seule condition qui ne s’achète ni ne se négocie, et elle commande tout le calendrier.

Dans la semaine qui suit, tranchez la question des fonds. Pour de la transaction pure, la déclaration de non-détention vous dispense de garantie financière contre un affichage en vitrine et une mention sur votre carte. Si la gestion locative fait partie du projet, même à trois ans, la réponse change, et le choix du cadre d’exercice se fait avant l’immatriculation, pas après.

Ensuite, avant le premier euro dépensé, ouvrez une feuille de calcul à douze colonnes, une par mois. En bas, les charges fixes que vous paierez quoi qu’il arrive. En haut, les encaissements, décalés de quatre à huit mois sur votre ouverture. Regardez le creux : c’est le montant qu’il vous faut, et il n’a rien à voir avec la fourchette que vous avez lue ailleurs.

L’hésitation que j’entends le plus souvent tient en une phrase : « je n’ai pas fait d’école d’immobilier ». Moi non plus. Ce qui manque à ceux qui échouent, c’est une règle écrite à l’avance et respectée quand ça va mal.

Questions de lecteurs

Peut-on ouvrir une agence immobilière sans diplôme ?

Oui, par la voie de l’expérience salariée. L’article 11 du décret du 20 juillet 1972 ouvre l’aptitude professionnelle au diplôme, à l’expérience, ou aux deux combinés : dix ans d’emploi subordonné dans une activité soumise à la loi Hoguet, quatre ans en qualité de cadre, ou trois ans avec le baccalauréat. Une limite à connaître : les années passées comme agent commercial indépendant ne comptent pas, seul le salariat ouvre cette voie.

Peut-on ouvrir une agence immobilière en auto-entrepreneur ?

Non. Le dossier de carte professionnelle exige une immatriculation au registre du commerce et des sociétés, et les seuils du régime micro sont sans rapport avec le chiffre d’affaires d’une agence qui encaisse les honoraires bruts de ses ventes. Entreprise individuelle classique, EURL, SASU, SARL ou SAS, selon que vous êtes seul ou associé.

Faut-il vraiment 110 000 euros de garantie financière ?

Non, et beaucoup d’agences n’en ont aucune. Le plancher est de 110 000 euros, ramené à 30 000 les deux premières années par l’article 32 du décret de 1972, mais l’article 3 de la loi Hoguet dispense entièrement celui qui déclare ne recevoir ni détenir aucun fonds. La contrepartie tient en trois affichages : une affiche en vitrine, une mention sur les documents professionnels, une mention sur la carte. La dispense tombe dès que vous encaissez des loyers pour le compte de tiers.

Combien de temps avant les premiers honoraires ?

Comptez quatre à huit mois entre l’installation et le premier encaissement significatif. L’article 6 de la loi Hoguet interdit de percevoir quoi que ce soit avant que l’opération ne soit conclue et constatée par un acte écrit. S’y ajoute le délai commercial : quelques semaines pour le premier mandat, plusieurs mois pour l’acquéreur, puis deux à trois mois entre le compromis et la signature.

Vaut-il mieux ouvrir en indépendant, en franchise ou en réseau de mandataires ?

Tout dépend du nombre de ventes que vous ferez, parce que ces modèles ne prélèvent pas de la même façon. Le mandataire paie 100 à 200 euros par mois et reverse 20 à 40 % de la commission ; la franchise combine droit d’entrée et redevances ; l’indépendant ne reverse rien et supporte tout. Refaites le calcul avec le volume de votre première année, pas celui de votre troisième.

Les faillites d’agences doivent-elles me faire renoncer ?

Elles doivent vous faire regarder quelles agences ferment, pas combien. Selon Altares, les structures les plus fragiles sont les plus récemment créées et celles qui ne vivent que de la transaction. Prévoyez donc une deuxième source d’encaissement récurrente, gestion locative ou syndic, ou une trésorerie qui tienne la première année sans elle.

Combien coûte réellement l’ouverture, alors ?

La fourchette de 50 000 à 100 000 euros mélange l’obligatoire et le facultatif. La partie réglementaire est modeste : 160 euros de carte, 55 euros par collaborateur habilité, une prime d’assurance, une garantie financière dont vous pouvez être dispensé. Local, travaux, enseigne, véhicule et abonnements relèvent de vos choix. Le seul montant qui décide, c’est le creux de trésorerie avant votre premier encaissement.

Ce qu’il faut retenir

Une agence ne meurt pas de la concurrence des mandataires, ni des honoraires bas du confrère d’en face, ni de l’intelligence artificielle. Elle meurt de ne pas savoir ce que lui coûte un mandat rentré, et de découvrir trop tard qu’elle paie tous les mois ce qu’elle n’encaisse que deux fois par trimestre.

Deux choses bougent en ce moment, et elles ne vont pas dans le même sens. En juin 2023, l’Autorité de la concurrence a recommandé plusieurs évolutions du cadre issu de la loi Hoguet, dont l’uniformisation des règles d’affichage des honoraires et leur extension aux plateformes de diffusion : si le législateur les suit, la façon dont vous annoncez vos prix changera. En face, les défaillances d’agences ont reflué d’environ 10 % au dernier trimestre 2024 selon Altares, et la FNAIM annonçait 825 000 transactions pour 2025.

Si vous ne faites qu’une chose après avoir lu cette page, faites celle-là : posez le creux de trésorerie de vos douze premiers mois. Tout le reste en découle.

Poursuivre la lecture

Les pièces à réunir :

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