La CCI Hauts-de-France écrit, sur sa page consacrée à la carte : « L’instruction de votre dossier est réalisée dans un délai de 15 jours suivant sa réception. » Quinze jours figurent bien à l’article 5 du décret du 20 juillet 1972. Ils n’y servent pas à instruire.
C’est la question que j’entends le plus souvent au moment du tour de table, presque toujours posée par quelqu’un qui a déjà déposé et qui attend. Voici ce que les textes disent, dans quatre directions :
- Ce que le décret fixe et ce qu’il laisse ouvert, quinze jours et deux mois compris.
- Ce qui allonge une instruction sans que la chambre y soit pour grand-chose.
- Le calendrier du renouvellement, où se logent les erreurs les plus coûteuses.
- Ce qu’annoncent les acteurs, et quoi faire quand rien n’arrive.
Textes vérifiés : loi du 2 janvier 1970, décret du 20 juillet 1972 et code des relations entre le public et l’administration, dans leur version en vigueur en août 2026.
Ce que le décret fixe et ce qu’il laisse ouvert
Combien de temps la chambre a-t-elle pour délivrer la carte professionnelle ?
Aucun texte ne lui impose de délai. Ni la loi du 2 janvier 1970, ni le décret du 20 juillet 1972 ne fixent de durée d’instruction, de date limite de délivrance ou de sanction du retard. L’article 5 du décret organise le dépôt, désigne la chambre compétente, règle le cas du dossier incomplet, prévoit la numérotation de la carte, et s’arrête là.
Le même article précise que la demande « est accompagnée d’un paiement en rémunération de l’instruction du dossier ». On paie donc 160 € pour une instruction dont la durée n’est écrite nulle part. Le reste du régime de la carte professionnelle est pourtant chiffré de bout en bout : prix, durée, mentions, conditions.
Les quinze jours annoncés par certaines chambres, à quoi correspondent-ils ?
Au délai dont la chambre dispose pour vous dire ce qui manque. Le III de l’article 5 est explicite : « la chambre de commerce et d’industrie compétente […] notifie par tout moyen au demandeur la liste des pièces manquantes dans un délai de quinze jours à compter de la réception de la demande ». Ce délai ne s’ouvre que si le dossier est incomplet, et il ne débouche sur rien si la chambre le laisse passer.
Une page qui annonce que « l’instruction est réalisée dans un délai de 15 jours » emprunte donc le chiffre du décret en lui changeant son objet. Je ne crois pas à la mauvaise foi, je crois à un support recopié : j’ai moi-même distribué pendant un an un document qui donnait encore la préfecture comme autorité de délivrance.
Le silence de la chambre vaut-il acceptation ?
Non, il vaut refus. Le décret du 23 octobre 2014 pose en son article 1er que « le silence gardé pendant deux mois par l’administration vaut décision de rejet pour les demandes dont la liste figure en annexe ». Cette annexe nomme la « délivrance de la carte professionnelle d’agent immobilier », en renvoyant à l’article 3 de la loi et à l’article 5 du décret. La colonne réservée aux délais particuliers reste vide : c’est donc deux mois.
Ce qui compte, dans cette phrase, c’est le mot décision. Au bout de deux mois de silence, vous n’êtes pas en attente. Vous détenez un refus, qui court ses propres délais de recours. Cette confusion revient dans presque toutes mes sessions, et elle figure d’ailleurs parmi les affirmations les plus répandues du secteur.
Le délai de deux mois, c’est celui de la chambre ou le mien ?
Le vôtre. La suite du III de l’article 5 le dit sans détour : « La demande est caduque si le dossier n’est pas complété dans le délai de deux mois à compter de cette notification. » Caduque, pas suspendue, pas mise en attente. La demande s’éteint, le paiement est consommé, et il faut recommencer.
Sur la dizaine de dossiers qu’on me fait relire chaque mois, ceux qui ont mal fini ne sont presque jamais des dossiers refusés. Ce sont des dossiers qui dorment. La notification part « par tout moyen », donc souvent par courriel, depuis une adresse que personne n’a mise en expéditeur autorisé.

Ce qui allonge une instruction
Pourquoi un dossier complet peut-il rester des semaines sans réponse ?
Parce qu’une partie de l’instruction ne se joue pas à la chambre. Le II de l’article 3 du décret prévoit que le président de la chambre « demande un bulletin n° 2 au casier judiciaire national » pour vérifier qu’aucune incapacité ne frappe le demandeur. Vous ne fournissez pas cette pièce. Vous ne la voyez jamais.
Le circuit s’allonge encore dans deux cas prévus par le même article : le ressortissant d’un autre État membre établi en France, pour qui la chambre réclame l’équivalent du bulletin auprès du casier de son État de nationalité, et le demandeur qui a acquis son aptitude professionnelle dans un autre État membre, pour qui la même demande part vers cet État. Dans les deux cas, la requête transite par le casier judiciaire national.
Une demande de pièce complémentaire remet-elle le compteur à zéro ?
Non : elle le suspend. L’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l’administration prévoit que le délai au terme duquel la demande est réputée rejetée « est suspendu pendant le délai imparti pour produire les pièces et informations requises », la production de ces pièces mettant fin à la suspension.
Un exemple : dossier déposé le 2 mars, pièce réclamée le 12 mars, envoyée le 3 avril. Les dix premiers jours sont acquis, la période du 12 mars au 3 avril ne compte pas, et le solde du délai court à nouveau ensuite. Le refus implicite ne naît donc pas deux mois après le dépôt, mais deux mois de calendrier utile après.
L’accusé de réception sert-il à quelque chose ?
Oui, et c’est la seule pièce de votre dossier qui porte une date opposable. L’article R. 112-5 du même code impose qu’il mentionne « la date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d’une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée », la désignation et les coordonnées du service chargé du dossier, et, en cas de rejet implicite possible, « les délais et les voies de recours à l’encontre de la décision ».
Autrement dit, la date à laquelle votre silence deviendra un refus vous est communiquée par écrit, à l’avance. Je demande maintenant ce document en premier quand on me tend un dossier. Les stagiaires l’ont rarement gardé.
Le calendrier du renouvellement
Quand faut-il déposer la demande de renouvellement ?
L’article 80 du décret écrit ceci : « Elle est présentée deux mois avant la date d’expiration de la carte. » Ni « au plus tard », ni « dans les deux mois qui précèdent ». Et chacun le reformule à sa manière.
| Qui écrit | Ce qui est écrit |
|---|---|
| Article 80 du décret du 20/07/1972 | « présentée deux mois avant la date d’expiration de la carte » |
| Le réseau des CCI, sur cci.fr | « dans les deux mois précédents sa date d’expiration » |
| CCI Toulouse Haute-Garonne | « dans les deux mois avant la date d’expiration » |
| SNPI | « deux mois avant la date de fin de validité » |
| Pop Academy, organisme de formation | « dans les 2 mois qui précèdent la date d’expiration » |
| ALUR 42, organisme de formation | « entre 2 et 3 mois avant la date d’expiration » |
L’écart n’a rien d’anodin. Lu comme un plancher, le texte autorise à déposer six mois avant. Lu comme une fenêtre, il l’interdit. Je dis à mes stagiaires de déposer dès que les quarante-deux heures sont attestées et que la garantie financière est à jour, sans attendre la fenêtre : personne n’a jamais vu une chambre refuser un dossier trop tôt.
Le récépissé de dépôt autorise-t-il à continuer d’exercer ?
Aucun texte ne le dit, et les deux sources que j’ai lues se contredisent. Pop Academy écrit que « la CCI délivre un récépissé qui vaut autorisation provisoire d’exercer pendant le traitement ». Le SNPI écrit que ce récépissé « sert de preuve de l’activité immobilière en cours, mais il ne garantit pas le fait que la carte sera renouvelée ». Le second est prudent. Le premier engage celui qui le croit.
Dans le décret, le mot récépissé désigne autre chose : celui de la déclaration préalable d’activité, remis au directeur d’un établissement secondaire, à l’article 8. La CCI Alsace précise que sa validité « est effective tant que le titulaire a une carte professionnelle en cours de validité ». Ce document suppose une carte valide. Il ne la remplace pas. Quant au dépôt de la demande, l’article 5 le fait « contre décharge » : une décharge atteste d’une remise, rien de plus.
Que se passe-t-il si la carte expire avant l’arrivée de la nouvelle ?
Rien ne prolonge la carte échue, et l’article 14 de la loi du 2 janvier 1970 punit de six mois d’emprisonnement et de 7 500 € d’amende le fait de se livrer, d’une manière habituelle, aux opérations de l’article 1er « sans être titulaire de la carte instituée par l’article 3 ».
Le réseau des CCI ajoute deux conséquences que peu de guides mentionnent : « lorsque le renouvellement n’est pas présenté dans les délais, les informations du titulaire de la carte sont radiées du fichier des professionnels de l’immobilier », et « la date de début de validité de la carte sera fixée en fonction du retard et des éléments du dossier de formalité ». La nouvelle carte ne recouvre pas le trou. Elle démarre après.
Ce qu’annoncent les acteurs, et quoi faire du silence
Quels délais annonce-t-on, et qui les annonce ?
De quinze jours ouvrés à huit semaines, d’une page à l’autre. Voici le relevé, en août 2026.
| Qui annonce | Ce qui est annoncé |
|---|---|
| CCI Hauts-de-France | « l’instruction de votre dossier est réalisée dans un délai de 15 jours suivant sa réception » |
| CCI Nice Côte d’Azur | « il faut généralement compter plusieurs semaines entre le dépôt et la délivrance » |
| CCI Paris Île-de-France | aucun délai |
| Le réseau des CCI, sur cci.fr | aucun délai |
| MaLocaTeam | « 15 jours ouvrés à un mois » |
| Les Formations de Louis | « 2 à 6 semaines pour un dossier complet » |
| ALUR 42 | « le délai moyen de traitement oscille entre 4 et 8 semaines » |
| Pop Academy | « généralement 4 à 8 semaines selon les CCI » |
Aucune de ces pages n’indique d’où vient son chiffre. Aucune chambre ne publie de statistique d’instruction, et le réseau national, qui promet pourtant sur sa page d’offre d’« obtenir rapidement votre carte », n’avance aucune durée. Les fourchettes qui circulent viennent donc, pour l’essentiel, d’organismes qui vendent la formation exigée pour constituer le dossier.
Que faire quand aucune réponse n’arrive ?
Reprendre l’accusé de réception, relever la date qu’il porte, et demander les motifs par écrit une fois cette date passée. L’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration oblige l’administration à communiquer les motifs de toute décision implicite de rejet dans le mois suivant la demande de l’intéressé, à condition que celle-ci soit formulée dans les délais du recours contentieux. Le délai de recours repart alors pour deux mois à compter de cette communication.
C’est un courrier court, adressé au service nommé sur l’accusé de réception, qui rappelle la date de dépôt et le numéro du dossier. Il transforme une attente en position juridique. Et il produit souvent une réponse humaine avant de produire une réponse écrite, ce qui est le vrai but de la manœuvre.
Pour aller plus loin
- La carte professionnelle : conditions, mentions, coût, durée : le régime complet, des quatre conditions de l’article 3 au barème de l’arrêté du 10 février 2020.
- Le dossier de renouvellement, pièce par pièce : ce que réclame l’article 80, dans l’ordre où il faut le réunir.
- Les quarante-deux heures de formation continue : le décompte, les domaines admis, ce que doit contenir une attestation.
- Salarié, agent commercial, titulaire de carte : qui dépend de quelle habilitation, et ce qui tombe avec la carte du titulaire.
- Article 5 du décret du 20 juillet 1972 : le texte qui organise le dépôt et le traitement d’un dossier incomplet.
Encore une question ?
Combien de temps prendra votre dossier à vous : c’est la seule question que cette page laisse ouverte, parce qu’elle dépend de la chambre saisie et d’un bulletin de casier que personne ne suit. Trois endroits pour la poser. Le service nommé sur votre accusé de réception, qui a l’obligation d’y figurer avec ses coordonnées. Le fichier national des professionnels de l’immobilier, où la carte apparaît le jour de sa délivrance. Votre garant, enfin, qui date ses attestations et sait lesquelles arrivent en retard.