En bref : un avis de valeur qui n’écrit pas d’où sort son prix ne vaut rien le jour où quelqu’un le conteste. Avec ton relevé de visite, quatre à six ventes réelles tirées de la base DVF et deux heures de rédaction, tu produis un document de six à neuf pages qui montre son raisonnement au lieu de l’assener. À la fin, tu as une pièce datée, sourcée, qui sépare ce que tu as mesuré de ce que le vendeur t’a raconté. Aucune qualification d’expert n’est requise : ta carte ou ton attestation suffit.
Rien de tout ça ne sort d’un modèle Word téléchargé un dimanche soir. Ça sort de la Charte de l’expertise en évaluation immobilière, qui ne nous oblige à rien et qui nous vise quand même, et de trois décisions que des confrères ont perdues. La Charte écrit noir sur blanc que l’avis de valeur « affirme en effet un prix de vente sans le démontrer ou le justifier ». Prends la phrase comme un cahier des charges à l’envers : tout ce tutoriel consiste à démontrer.
Ce qu’il te faut avant d’ouvrir le document
Sur la table :
- Ton relevé de visite, mesures prises au télémètre. Pas la surface du titre de propriété, pas celle de l’annonce précédente.
- Un accès à la base des demandes de valeurs foncières, l’explorateur d’Etalab ou l’extraction de ton logiciel.
- Les pièces du vendeur : titre de propriété, dernier avis de taxe foncière, diagnostics, appels de charges s’il y a une copropriété, factures des travaux dont il te parle.
- La Charte de l’expertise en évaluation immobilière, 5e édition de mars 2017. Elle ne s’applique pas à toi, elle sert de règle graduée à celui qui te lira.
- Une heure trente de visite, 48 heures d’intervalle, deux heures de rédaction.
Testé sur : une quarantaine de rendez-vous d’estimation par an sur Nantes nord-est, maisons de ville et appartements de particuliers, prix moyen 312 000 €.
Un mot sur DVF, parce que tout le reste s’appuie dessus. Le fichier est publié par la DGFiP au titre du décret n° 2018-1350 du 28 décembre 2018, il couvre cinq années glissantes, il est mis à jour deux fois par an, en avril et en octobre, et il ne contient ni l’Alsace, ni la Moselle, ni Mayotte. Le millésime en ligne au 7 avril 2026 s’arrête au 31 décembre 2025. Retiens la date : tu vas devoir l’écrire.
À quoi ressemble le document fini
Six blocs, dans cet ordre, six à neuf pages selon le bien. Chaque bloc répond à une question qu’un tiers finira par poser.
| Bloc | Ce qu’il porte | La question à laquelle il répond |
|---|---|---|
| Cartouche | date, auteur, destinataire, nature du document | Qui a écrit ça, quand, et à quel titre ? |
| Le bien | ce qui a été mesuré, ce qui a été déclaré | Sur quoi porte le prix, exactement ? |
| Le marché | millésime des données, périmètre retenu | D’où viennent les chiffres ? |
| Les comparables | 4 à 6 ventes réelles, avec date, prix et surface | Pourquoi ce niveau de prix ? |
| Les ajustements | chaque écart chiffré et motivé | Pourquoi ce bien-là vaut plus ou moins ? |
| La conclusion | fourchette, durée de validité, limites | Qu’est-ce que ce document ne dit pas ? |
Au quotidien, l’effet est immédiat : un vendeur qui comprend d’où sort le prix discute le prix au lieu de discuter ta personne. Un confrère qui repasse derrière toi ne peut pas prétendre que tu as chiffré au doigt mouillé. Et le jour où le dossier part chez un avocat, tu as autre chose à produire que ta mémoire.

Préparer la matière avant d’écrire une ligne
Compte quarante minutes, en une seule fois, dans la foulée de la visite pendant que tu as encore les pièces en tête.
Le relevé sur place
Tu mesures. Toutes les pièces, la hauteur sous plafond quand elle sort de l’ordinaire, le jardin au pas si tu ne peux pas faire mieux, et tu le notes comme tel. Tu photographies ce qui te servira à justifier un ajustement : la chaudière et sa plaque, le tableau électrique, la fissure, la cave. Depuis la véranda de Sainte-Luce qui m’a coûté sept semaines en 2022, je demande aussi la liste datée de tous les travaux, et je la fais écrire par le vendeur, pas par moi.
L’extraction des ventes
Tu tires les mutations du secteur sur les vingt-quatre derniers mois, en partant du bien et en élargissant par cercles jusqu’à en avoir une douzaine de recevables. Tu notes le millésime du fichier au moment où tu l’ouvres. Pas plus tard.
Les pièces à demander
Titre de propriété pour la contenance cadastrale, taxe foncière, diagnostics, et pour un lot en copropriété, les trois derniers appels de charges et le dernier procès-verbal d’assemblée générale. Un vendeur qui traîne à les fournir te dit quelque chose sur le dossier, et ça aussi c’est une information.
Avant de continuer, vérifie trois choses : que ta surface mesurée et celle du titre ne divergent pas de plus de 5 % sans explication, que tu as au moins huit ventes exploitables dans ton extraction, et que la date de ta visite figure quelque part.
Les blocages les plus fréquents à ce stade :
| Ce que tu constates | Pourquoi | Ce que tu fais |
|---|---|---|
| Ta surface diffère de celle du titre | Le titre donne une contenance cadastrale, pas une surface habitable | Tu gardes ta mesure et tu écris les deux |
| Trois ventes seulement dans 400 m | Secteur peu dense ou trimestre creux | Tu élargis le rayon, tu ne remontes pas au-delà de 24 mois |
| Aucune vente dans la commune | Alsace, Moselle ou Mayotte | DVF ne les couvre pas, tu passes aux bases notariales |
| Le prix DVF paraît aberrant | Vente entre parents, démembrement, ou vente en bloc | Tu écartes la ligne et tu écris que tu l’as écartée |
Étape 1 : dater le document et dire ce qu’il est
Cette étape prend cinq minutes et elle sauve tout le reste. Un avis de valeur sans date n’a pas d’existence utile : la valeur d’un bien est celle d’un jour donné, et deux ans plus tard personne ne saura si ton chiffre était bon ou mauvais.
Le cartouche va en première page, avant tout le reste.
AVIS DE VALEUR
Bien : maison de ville, 12 rue [...], 44300 Nantes
Établi le : 14 avril 2026
Visite du : 12 avril 2026
Établi par : [nom], agent commercial, RSAC de Nantes n° [...],
habilité par [agence], carte T n° [...] délivrée par la CCI [...]
À la demande de : M. et Mme [...], propriétaires
Objet : détermination d'une valeur vénale probable en vue d'une mise en vente
Ce document est un avis de valeur au sens du 1.2 de la Charte de l'expertise
en évaluation immobilière. Il n'est pas un rapport d'expertise. Il repose sur
des diligences limitées ; la réalisation de l'ensemble des diligences aurait
pu conduire à un résultat sensiblement différent.
Ce qui vient de se passer : tu as fait trois choses en dix lignes. Tu as horodaté ton opinion, tu as dit à quel titre tu la donnes, et tu as recopié presque mot pour mot la mention que la Charte demande au professionnel de porter « par écrit, au moment de définir sa prestation et dans son rendu ». Cette phrase-là, je ne l’ai jamais vue dans un avis de valeur de confrère. Elle est pourtant écrite dans le texte auquel tout le monde se réfère pour nous expliquer que notre travail n’en est pas un.
Attention : ne date pas ton avis du jour de la signature du mandat. Le prix se construit avant, sur les données du jour de la visite, et la Cour d’appel de Rouen le 25 mars 2021 a sanctionné une agence qui avait évalué un bien 400 000 € avant qu’il ne se revende 242 000 € deux ans plus tard. Vingt-deux mille euros de perte de chance, cinq mille de préjudice moral. La chronologie du dossier compte autant que le chiffre.
Étape 2 : séparer ce que tu as mesuré de ce que le vendeur t’a dit
C’est le bloc qui distingue un document d’une plaquette, et c’est celui que personne n’écrit. Dans cette étape, tu décris le bien en deux colonnes : d’un côté ce que tu as constaté toi-même, de l’autre ce qui t’a été déclaré et que tu n’as pas vérifié.
Pourquoi cette gymnastique. Le 13 novembre 2025, la troisième chambre civile de la Cour de cassation a retenu la responsabilité d’une agence dans une affaire de toiture. La venderesse avait déclaré un contrôle tous les deux ans, l’agence avait repris l’information dans sa commercialisation sans demander de justificatif. La Cour écrit qu’« il appartenait à l’agent immobilier de vérifier si la venderesse avait bien fait procéder, comme elle l’avait déclaré, au contrôle de l’état de la toiture ». Juriste, je ne le suis pas, et la portée exacte de l’arrêt, Me Sorin l’expliquera mieux que moi. J’en tire une ligne, de terrain : reprendre une déclaration sans dire qu’elle en est une, ça se paie. Le site a d’ailleurs un article entier sur cette frontière entre ce qu’on doit vérifier et ce qu’on ne peut pas.
DESCRIPTION DU BIEN
Constaté lors de la visite du 12 avril 2026
Surface mesurée au télémètre .......... 88 m² sur trois niveaux
Jardin, mesuré au pas ................. environ 42 m²
Chaudière gaz, plaque relevée ......... modèle 2009
Menuiseries PVC double vitrage ........ toutes les ouvertures
Fissure verticale, mur pignon ......... photographiée, non expertisée
Déclaré par le vendeur, non vérifié à ce jour
Réfection de la toiture ............... 2016, facture non produite
Absence de sinistre depuis 2010 ....... aucune pièce fournie
Assainissement raccordé au collectif .. à confirmer auprès de la commune
Pièces communiquées
Titre de propriété, DPE du 3 mars 2026, taxe foncière 2025
Résultat attendu : un lecteur qui n’était pas à la visite doit pouvoir dire, ligne par ligne, ce que tu réponds et ce que tu ne réponds pas. Une fissure, je la photographie et j’écris « non expertisée ». Dire si des travaux sont faisables ne relève pas de mon métier : je fais venir un diagnostiqueur.
Le tour de main : je remplis la colonne « déclaré » pendant le rendez-vous, à voix haute, devant le vendeur. « Vous me dites 2016 pour la toiture, vous avez la facture ? Non ? Je l’écris comme déclaré, et si vous la retrouvez on la bascule. » En quatre ans, ça m’a fait ressortir deux factures que le vendeur croyait perdues, et ça m’a évité une annonce fausse au moins autant de fois.

Étape 3 : choisir quatre à six ventes réelles et écrire d’où elles sortent
Le prix ne vient pas des annonces. Les annonces affichent ce que les gens demandent, pas ce qu’ils obtiennent, et j’ai mis onze mois à l’apprendre sur une maison de Carquefou mise à 289 000 € en 2016 qui s’est vendue 251 000 € par une autre agence. Depuis, je travaille sur les mutations.
Tes critères de sélection, dans l’ordre : même commune ou même quartier, même type de bien, surface à plus ou moins 20 %, vente de moins de vingt-quatre mois. Tu en gardes quatre à six. En dessous de quatre, ton prix repose sur des accidents ; au-delà de six, tu noies le lecteur.
COMPARABLES RETENUS
Source : base DVF, DGFiP, millésime publié le 7 avril 2026, données
arrêtées au 31 décembre 2025. Extraction du 13 avril 2026.
Réf. Adresse (voie) Date Surface Prix Prix/m²
A rue [...], Doulon 03/2025 92 m² 296 000 € 3 217 €
B rue [...], Doulon 09/2024 84 m² 271 000 € 3 226 €
C rue [...], Bottière 06/2025 96 m² 322 000 € 3 354 €
D rue [...], Doulon 01/2025 81 m² 252 000 € 3 111 €
Médiane des prix au mètre carré : 3 220 €
Écartées : une vente à 1 850 €/m² (mutation entre ascendant et descendant),
une vente en bloc de trois lots (prix non ventilé par lot).
Tu viens de produire deux choses : une base de 88 × 3 220, soit 283 000 € arrondis, et surtout un calcul que quelqu’un d’autre peut refaire.
Quatre pièges m’ont coûté du temps sur ce bloc, et je ne les ai vus écrits nulle part quand j’ai commencé. Une mutation occupe plusieurs lignes dans le fichier, donc un même prix apparaît autant de fois qu’il y a de parcelles, et une extraction naïve gonfle le nombre de ventes. La surface de DVF est une surface réelle bâtie, pas une surface habitable, et l’écart sur une maison à combles aménagés atteint dix mètres carrés. La ventilation d’un prix entre plusieurs lots peut être fiscale plutôt que réelle. Et la nature de mutation ne se filtre pas de bonne foi : adjudications, échanges et ventes en famille traînent dans les résultats. Il y a de quoi écrire un article entier sur ce que le fichier ne dit pas de lui-même.
Attention : écris les ventes que tu as écartées et pourquoi. C’est contre-intuitif, ça allonge le document, et c’est ce qui le rend crédible. Un tiers qui refait ton extraction tombera sur ces lignes-là ; autant qu’il sache que tu les as vues.
Étape 4 : chiffrer chaque ajustement au lieu de le sentir
Un prix au mètre carré médian ne s’applique jamais tel quel. Le bien a un jardin plus grand, pas de garage, une étiquette énergétique moins bonne. Cette étape transforme ces différences en euros, une par une, avec une raison écrite en face.
AJUSTEMENTS APPLIQUÉS À LA BASE DE 283 000 €
Absence de garage (A, C et D en ont un) ............ -9 000 €
Jardin de 42 m² (comparables : 25 à 30 m²) ......... +4 000 €
DPE classé E (A et B classés D) .................... -6 000 €
Cuisine refaite en 2022, factures produites ........ +5 000 €
---------
Total des ajustements .............................. -6 000 €
Valeur ajustée ..................................... 277 000 €
Résultat attendu : la somme des ajustements pèse moins de 10 % de la base. Au-delà, ce ne sont plus des ajustements, c’est que tes comparables ne comparent rien. J’ai vu un avis de valeur de confrère avec 42 000 € de « plus-value cachet » sur une base de 240 000 €. Le vendeur l’a cru. Le bien est resté quatorze mois en ligne.
D’où sortent mes montants ? De mon secteur, et je l’écris comme ça dans le document. Un garage fermé se négocie entre 8 000 et 12 000 € sur Doulon, je l’ai vu passer une douzaine de fois depuis 2021 ; ailleurs, le chiffre serait autre. En revanche, je n’applique jamais un barème trouvé en ligne : une décote de « 5 % par lettre de DPE » n’existe nulle part comme mesure, et adosser un prix de mandat à un pourcentage dont on ignore la source, c’est construire sur du sable.
Le tour de main : je pose les ajustements devant le vendeur, feuille imprimée, et je lui demande d’en contester un. Neuf fois sur dix il attaque le DPE. C’est le moment où la conversation devient utile, parce qu’on parle du bien et plus de mon métier.

Étape 5 : conclure sur une fourchette et écrire ce que le document n’est pas
Dernier bloc, et le seul que le vendeur lira vraiment le premier soir. Tu y donnes une fourchette, une durée de validité et les limites de ce que tu as fait.
CONCLUSION
Valeur vénale probable au 14 avril 2026, hors honoraires d'agence :
270 000 € à 284 000 €
Prix de présentation conseillé : 279 000 €
Cette fourchette suppose une commercialisation dans des conditions
normales de marché et un délai de vente compatible avec le secteur.
Limites de la présente évaluation
- Document établi sans mission d'expertise et sans contrat d'expertise.
- Aucune investigation technique, aucune vérification d'urbanisme,
aucune analyse juridique du titre n'ont été conduites.
- Les éléments déclarés par le vendeur et signalés comme tels n'ont pas
été vérifiés à la date du présent document.
- Valeur donnée à la date ci-dessus. À réexaminer au-delà de trois mois.
- Document non opposable à l'administration fiscale et dépourvu de force
probante devant un tribunal.
L’étape a produit ceci : un prix qui n’est pas un prix unique, ce qui est honnête, et une porte fermée à ceux qui te reprocheraient plus tard d’avoir dit ce que tu n’as pas dit.
Sur la fourchette, je suis catégorique et je sais que tout le monde ne l’est pas : un chiffre unique est un mensonge de précision. Aucun de nous ne sait à 3 000 € près ce que vaut une maison de ville, et prétendre le contraire, c’est se mettre en défaut le jour où l’offre tombe 6 000 € en dessous. Une fourchette de 5 % environ dit la vérité de ce qu’on sait faire. Le prix de présentation, lui, est une décision commerciale, et il se discute.
Attention : un avis de valeur gratuit reste un avis de valeur. Le tribunal de grande instance d’Arras le 28 février 2019 et la cour d’appel de Bordeaux le 7 mars 2018 ont retenu la responsabilité de professionnels pour des évaluations écrites, l’une surévaluée et l’autre sous-évaluée. Le prix payé pour le document ne change rien à ce qu’il engage, comme le détaille l’article sur les estimations gratuites distribuées en série.
Vérifier ton avis de valeur avant de le remettre
Cinq contrôles, dix minutes. Je les fais dans la voiture, avant de sonner.
Le contrôle rapide : tu prends une phrase au hasard dans le document et tu te demandes qui l’a dite. Si tu ne peux pas répondre « moi, je l’ai mesuré » ou « le vendeur, et c’est écrit », la phrase est mal écrite.
La vérification complète :
- La date de la visite et la date d’établissement figurent toutes les deux, et elles ne sont pas identiques par accident.
- Le millésime du fichier DVF est écrit, avec la date d’arrêt des données.
- Chaque comparable porte une date, une surface, un prix et une localisation.
- Les ventes écartées sont listées avec leur motif.
- Chaque ajustement a un montant en euros et une raison en clair.
- La colonne « déclaré, non vérifié » existe et n’est pas vide sans raison.
- La conclusion est une fourchette et porte une durée de validité.
- La mention de non-opposabilité et de diligences limitées est présente.
Le huitième point est celui qu’on oublie, parce qu’il donne l’impression de se dévaloriser. Il fait l’inverse : il montre qu’on sait où passe la limite de son propre métier. Je ne me présente jamais comme un expert, le mot désigne une profession qui a une méthode, un contrat et une responsabilité que je n’ai pas.

Dépannage
Les six situations qui reviennent le plus, et ce que je fais.
| Le problème | Ce que tu constates | Ce que tu fais |
|---|---|---|
| Le vendeur a une autre estimation, 40 000 € au-dessus | Il te tend un document d’une page, sans comparables ni date | Tu ne critiques pas le confrère, tu demandes où sont les ventes qui portent le chiffre |
| Pas assez de comparables | Moins de quatre ventes recevables en 24 mois | Tu élargis la surface avant d’élargir la période, et tu écris le rayon retenu |
| Le prix médian du secteur a bondi d’un trimestre à l’autre | Peu de ventes, et pas les mêmes biens | C’est un effet de structure, pas une hausse ; tu raisonnes à qualité constante |
| Le bien n’a pas d’équivalent | Loft, maison d’architecte, dépendance atypique | Tu le dis, tu élargis à la commune entière et tu élargis ta fourchette |
| Le vendeur refuse de fournir une pièce | Facture de travaux ou PV d’assemblée jamais transmis | La ligne reste en « déclaré, non vérifié », et tu le lui montres |
| Ton logiciel sort un prix différent du tien | L’outil travaille sur des annonces ou sur du déclaratif | Tu regardes quelle base il exploite avant de trancher, tous ne se valent pas |
La troisième ligne mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle piège tout le monde. Une médiane qui bondit de 6 % en trois mois dans un quartier ne dit presque jamais que les biens ont pris 6 % ; elle dit que la composition des ventes du trimestre a changé, et c’est un effet de structure que les notaires du Grand Paris démontrent eux-mêmes chaque trimestre.
Le cas particulier que je n’ai vu traité nulle part : le bien en indivision où deux héritiers sur cinq veulent vendre. La demande n’est pas une estimation de mise en vente, c’est une valeur de partage, et ce n’est pas le même document ni le même métier. Je le dis, j’écris pour quel usage mon avis est établi, et j’envoie chez le notaire. Me Sorin m’a expliqué une fois pourquoi un avis d’agence produit dans ce contexte peut se retourner contre celui qui l’a signé. Je n’ai pas tout retenu, j’ai retenu qu’il fallait appeler.
Toujours bloqué ? L’explorateur DVF d’Etalab permet de vérifier une mutation parcelle par parcelle, et c’est souvent là que se dénoue une extraction bizarre.
Pour aller plus loin
Une fois que le document tient, trois prolongements valent le temps qu’ils coûtent.
- Archive tes avis de valeur avec le prix de vente réel écrit à côté, six mois plus tard. C’est l’exercice que Patrick Guilloux m’a imposé en décembre 2015 sur mes vingt-deux premiers mandats, et c’est la seule chose qui m’a appris à estimer.
- Rends ton document opposable à toi-même : remets-le en main propre, fais-le émarger, garde le double. Un avis de valeur remis par courriel sans accusé n’existe pas.
- Range ta méthode dans le mandat. Le prix figure au mandat, et c’est la pièce qui commande toute la chaîne ; l’avis de valeur en est l’antichambre.
À lire ensuite : qui produit quoi comme chiffres, à quel rythme et avec quel retard, et ce que les outils d’estimation exploitent vraiment comme base.
Questions fréquentes
Un avis de valeur est-il opposable à l’administration fiscale ?
Non. Il n’a pas de force probante : ni le fisc ni un juge ne sont tenus de le retenir. Seul un rapport d’expertise, motivé selon la Charte de l’expertise en évaluation immobilière et établi par un expert en évaluation, se produit dans ce cadre. Un avis de valeur bien construit reste utile comme faisceau, il ne remplace pas une expertise, et écrire cette limite dans le document est le meilleur service à rendre au vendeur.
Combien de comparables faut-il dans un avis de valeur ?
Aucun texte n’en impose. En pratique, quatre à six ventes réelles de moins de vingt-quatre mois, dans un rayon que tu écris, avec une surface à plus ou moins 20 %. En dessous de quatre, une vente atypique déplace ta médiane de 150 €/m². Au-delà de six, plus personne ne lit le tableau.
Combien de temps un avis de valeur reste-t-il valable ?
Trois mois, et je l’écris dans le document. Ce n’est pas une règle du métier, c’est la durée au bout de laquelle mes propres comparables commencent à me gêner. Le fichier DVF ne bouge que deux fois par an, en avril et en octobre, mais le marché local, lui, bouge en continu.
Faut-il facturer un avis de valeur ?
Ça se discute, et j’ai changé d’avis deux fois. Ce qui ne se discute pas : gratuit ou payant, le document engage celui qui le signe de la même façon. Les décisions rendues à Bordeaux en 2018 et à Arras en 2019 portaient sur des évaluations dont personne n’avait payé le prix.
Toutes les étapes, d’un seul tenant
Cliquer pour déplier le parcours complet
PRÉPARATION (40 min, dans la foulée de la visite)
1. Relevé au télémètre, pièce par pièce, jardin compris
2. Photos de tout ce qui justifiera un ajustement
3. Liste datée des travaux, écrite par le vendeur
4. Extraction DVF sur 24 mois, une douzaine de mutations, millésime noté
5. Pièces demandées : titre, taxe foncière, diagnostics, charges, PV d'AG
ÉTAPE 1 - CARTOUCHE (5 min)
Date d'établissement + date de visite + identité et titre d'exercice
+ demandeur + objet
+ mention : avis de valeur au sens du 1.2 de la Charte, diligences limitées
ÉTAPE 2 - DESCRIPTION EN DEUX COLONNES (20 min)
Colonne 1 : constaté par moi, avec la mesure
Colonne 2 : déclaré par le vendeur, non vérifié, avec la pièce manquante
Colonne 3 : pièces effectivement communiquées
ÉTAPE 3 - COMPARABLES (30 min)
4 à 6 ventes, même type, surface ±20 %, moins de 24 mois
Pour chacune : voie, date, surface, prix, prix au m²
Source écrite : base, millésime, date d'arrêt des données, date d'extraction
Ventes écartées listées avec leur motif
ÉTAPE 4 - AJUSTEMENTS (20 min)
Base = surface mesurée x médiane des prix au m²
Un ajustement = un montant en euros + une raison en clair
Contrôle : somme des ajustements < 10 % de la base
ÉTAPE 5 - CONCLUSION (15 min)
Fourchette d'environ 5 %, hors honoraires
Prix de présentation conseillé, annoncé comme une décision commerciale
Durée de validité : 3 mois
Limites : pas d'expertise, pas d'investigation technique, pas d'urbanisme,
pas de vérification des déclarations, non opposable au fisc
VÉRIFICATION (10 min)
Pour chaque phrase : qui l'a dite ? moi, ou le vendeur ?
Les 8 points de la liste de contrôle
Remise en main propre, émargement, double conservé