La Gazette de l’Immo

Mise à jour : 28 septembre 2026

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Marché et données

Indice, baromètre, prix d’annonce : ce que mesure chaque publication de prix

Trois familles de publications de prix circulent sous le même mot, et elles ne mesurent ni la même matière, ni la même chose, ni au même moment. Comparaison sur cinq axes, pour savoir laquelle citer selon ce qu’on veut démontrer.

Trois piles de dossiers d’épaisseurs inégales sur un bureau, en lumière rasante

Rendez-vous vendeur, mai 2023, une maison de ville à deux rues de la mienne. Je sors un chiffre de baisse lu le matin dans un baromètre mensuel. La propriétaire sort le sien, publié par les notaires, qui dit à peu près l’inverse. Je n’ai pas su lui expliquer d’où venait l’écart. Douze ans que je citais ces chiffres sans savoir ce qu’ils mesuraient.

En bref : l’indice Notaires-INSEE l’emporte dès qu’il faut prouver une évolution, parce qu’il est le seul à raisonner à qualité constante sur des actes signés. Le baromètre de réseau l’emporte quand la question est « et depuis le printemps ? », parce qu’il mesure au compromis et paraît le mois suivant. Citez l’indice pour établir une tendance, le baromètre pour dater un retournement, le prix d’annonce pour ce qu’il est : la position de départ des vendeurs.

Au 1er août 2026, le chiffre de prix le plus solide dont dispose la profession décrivait janvier, février et mars. Il a paru le 28 mai, et le suivant est annoncé pour le 8 septembre. Entre-temps, les baromètres mensuels ont livré mai, juin et juillet. L’arbitrage ne se résout pas : la publication la plus rigoureuse est la plus vieille, et la plus fraîche est la plus fragile. Aucune des deux n’a tort pour autant. Cinq axes séparent les trois familles : qui produit, sur quelle matière, ce qui est mesuré, jusqu’où ça descend sur la carte, et avec quel retard. Je ne produis aucun de ces chiffres. Je les lis, je les cite devant des vendeurs, et je paie chaque mois les outils qui me les servent.

Ce que mesurent les trois familles, en un tableau

Indice Notaires-INSEEBaromètre de réseauPrix ou loyer d’annonce
Idéal pourprouver une évolution sur plusieurs trimestresdater un retournement en courssituer une commune sans ventes
Producteurnotaires et INSEE, sous label de l’Autorité de la statistique publiqueassociation, réseau ou plateformeportail d’annonces, ou ministère pour les loyers
Matière premièreacte authentiqueprise de mandat et compromisannonce déposée
Ce qui est mesuréévolution à qualité constanteniveau en euros, effets de structure corrigésniveau modélisé en euros
Prix retenunet vendeur, hors droits, frais de notaire et honorairesnet vendeuraffiché, loyers charges comprises
Base de référence100 en moyenne annuelle 2015100 en décembre 2012 pour le baromètre LPIsans objet
Maille la plus finerégion, département178 villes de plus de 40 000 habitantstoutes les communes
Périodicitétrimestriellemensuelleannuelle pour la carte des loyers
Délai de parutionenviron deux mois après le trimestrele mois suivantplus d’un an après les premières annonces
Révisableoui, le provisoire bougerecalculé en glissantfigé jusqu’au millésime suivant
Notre verdictgagne sur la preuvegagne sur la fraîcheurgagne sur la couverture

Chaque ligne vient de la documentation du producteur, et non d’un article de reprise : la méthode des indices Notaires-INSEE dans sa version de mai 2025, la page méthodologique du baromètre LPI-iad de juillet 2025, et la fiche de la carte des loyers publiée sur data.gouv.fr.

Qui produit le chiffre, et ce qu’il vend à côté

L’indice l’emporte sur ce point, parce qu’il est le seul dont le producteur ne vit pas du marché qu’il mesure. Les notaires collectent les actes et calculent, un conseil scientifique arrête la méthode, l’INSEE en vérifie la mise en œuvre et valide les résultats. La loi du 28 mars 2011 confie au notariat une mission de service public sur ce point, et les séries portent le label de l’Autorité de la statistique publique.

En face, le baromètre le plus cité du secteur est publié par une association, « Les Prix Immobiliers », créée le 22 décembre 2009. Ses membres actuels, listés en dernière page du baromètre : BNP Paribas Residentiel CHH, Crédit Logement, Crédit Mutuel, FFB, Groupe BPCE, iad, IODA Group, La Banque Postale, SNPI et Sogeprom. Des banques, un réseau de mandataires, des promoteurs. Tous ont un intérêt à ce que le marché tourne, ce qui ne rend pas leurs chiffres faux, mais mérite d’être dit quand on les cite devant un vendeur.

La nuance vient du troisième larron. Un indicateur d’annonce peut très bien être produit par l’État : la carte des loyers est pilotée par l’ANIL pour le ministère chargé du logement, à partir des annonces de leboncoin et du groupe SeLoger, et l’attribution obligatoire de la donnée le dit mot pour mot.

Verdict : l’indice, avec une réserve. L’origine privée d’un chiffre ne le rend pas faux, elle se donne avec lui.

Trois chemises cartonnées de couleurs différentes, entrouvertes et empilées en décalé sur un plan de travail en bois

Mandat, compromis, acte : la matière première décide de tout

L’indice l’emporte encore, et cette fois de très loin, parce qu’il travaille sur des actes. L’envoi des données par les notaires reposait sur le volontariat jusqu’à fin 2016 ; la loi les y oblige depuis le 1er janvier 2017, et les bases sont exhaustives depuis l’été 2021. Fin 2017, le taux de couverture tournait encore autour de 60 %. Environ 5 500 offices alimentent deux bases : BIEN pour l’Île-de-France, un peu moins de 20 % des transactions, Perval pour le reste, un peu plus de 80 %.

Du côté des baromètres, LPI mesure deux prix distincts et le dit clairement : le prix affiché est relevé à la prise de mandat, le prix signé à la signature du compromis. L’écart entre les deux porte un nom, la marge de négociation, et elle valait 9,0 % en juillet 2025 tous biens confondus, avec 10,2 % sur les maisons contre 7,5 % sur les appartements. C’est un chiffre que je regarde tous les mois, parce qu’il décrit exactement ce qui se passe dans mon bureau.

Un cas brouille la frontière : MeilleursAgents, souvent rangé du côté des annonces, calcule en réalité ses indices sur les valeurs foncières, la base BIEN des notaires d’Île-de-France et les ventes remontées par ses agences partenaires, et retient le prix net vendeur. Ce n’est pas un indicateur d’annonce.

Ce que j’en retiens : l’acte pour établir, le compromis pour anticiper, l’annonce pour rien de plus que la position du vendeur.

Un niveau de prix, ou une évolution à qualité constante ?

Le baromètre l’emporte ici, pour une raison contre-intuitive : il donne des euros, l’indice n’en donne pas. L’indice mesure le déplacement d’un panier de référence. Sa méthode est hédonique. Le logement est décrit par ses caractéristiques, chacune reçoit une valeur, et le modèle estime le prix d’un bien de référence trimestre après trimestre. Environ 350 strates, plus de 440 ventes par an dans chacune, des modèles réestimés tous les deux ans, une base 100 en moyenne annuelle 2015. Le prix retenu est le net vendeur, hors droits de mutation, frais de notaire et honoraires d’agence.

Regardez la liste des caractéristiques du modèle : quartier, époque de construction, nombre de pièces, salles de bains, garages, état du bien, étiquette énergie, distance à la commune de 50 000 habitants la plus proche. L’étage, le balcon, la cave, l’ascenseur au-delà du quatrième pour les appartements. Tout cela est neutralisé. Quand l’indice bouge, ce n’est pas parce qu’on a vendu des biens différents.

Chez LPI, les effets de structure sont corrigés autrement : par pondération de 274 zones géographiques découpées en 12 segments de marché, avec des poids calculés sur 7,6 millions de références de 2009 à 2024. Et le résultat s’affiche en euros au mètre carré. Je peux le montrer en rendez-vous. Reste le piège de la composition, que j’ai vu se refermer sur des confrères, et qui vaut pour tous les prix moyens ou médians publiés : la composition des ventes d’un trimestre déplace le chiffre sans qu’aucun bien ne change de valeur.

Un niveau se cite au baromètre, une évolution se prouve à l’indice.

Jusqu’où le chiffre descend sur la carte

Les indicateurs d’annonce l’emportent sur la couverture, sans discussion possible. La carte des loyers couvre toutes les communes de France sauf Mayotte, sur la géographie communale au 1er janvier 2025, à partir de 9,1 millions d’annonces de location collectées entre 2019 et 2025. Elle donne un loyer charges comprises au mètre carré pour un appartement type de 52 m² et une maison type de 92 m².

Et elle publie ses propres limites, ce qui est rare : les meublés sont exclus, les communes sans annonce reçoivent une estimation imputée, et l’usage est déconseillé quand le R² tombe sous 0,5, quand la commune compte moins de trente observations ou quand l’intervalle de prédiction est large. En face, le baromètre LPI s’arrête à 178 villes de plus de 40 000 habitants et 96 départements métropolitains, et les zones les plus petites passent en moyenne annuelle glissante. MeilleursAgents annonce les 36 000 communes et des indices de quartier dans les onze plus grandes villes.

Plus la maille est fine, plus la part de modèle augmente et plus celle d’observation recule. Sur une commune où il se vend trente maisons par an, aucune des trois familles ne vous donne un prix. Elles vous donnent une estimation, et le mot compte devant un vendeur qui vous demandera d’où sort le chiffre.

Sur la carte, l’annonce gagne et l’acte tranche. Sous trente ventes annuelles, on descend dans le fichier des valeurs foncières ligne à ligne.

Un sablier de bureau à sable rouge, à moitié écoulé, posé contre une pile de dossiers cartonnés

L’âge du chiffre le jour où vous le citez

Le baromètre l’emporte, et l’écart se compte en mois. Suivez un bien : le mandat est signé, le baromètre relève son prix affiché. Deux ou trois mois plus tard, le compromis se signe et le prix signé entre dans le même baromètre, publié le mois suivant. Celui de juillet 2025 est paru le 6 août. Trois mois de plus, l’acte authentique est signé, il rejoint les bases notariales, et il ressort dans l’indice trimestriel.

Le calendrier tient en deux dates. Les prix du premier trimestre 2026 ont paru le 28 mai 2026, et la publication suivante est annoncée au 8 septembre. Environ deux mois après la fin du trimestre, donc jusqu’à cinq mois après la vente la plus ancienne du lot. Les valeurs foncières sont pires : mise à jour semestrielle fin avril et fin octobre, celle d’avril allant jusqu’à fin décembre de l’année précédente.

Et le chiffre bouge après coup, ce que peu de confrères anticipent. La publication du 28 mai 2026 a révisé de 0,2 point à la baisse l’évolution du quatrième trimestre 2025. Un chiffre provisoire cité en rendez-vous engage celui qui le cite, pas celui qui le publie. C’est tout le sujet des séries qu’on commente au moment précis où elles sont encore révisables.

Verdict : le baromètre pour dater un retournement, l’indice pour le confirmer six mois plus tard.

Ce que chaque publication coûte, et ce qu’on lui donne en échange

Pour un dirigeant d’agence, les trois familles coûtent zéro euro à la lecture. Les séries de l’INSEE, le fichier des valeurs foncières et la carte des loyers se téléchargent sans compte, sans abonnement et sans engagement : ce sont des données publiques au sens strict. Les baromètres mensuels se lisent en PDF gratuitement, méthodologie comprise.

La gratuité s’arrête à la lecture. L’observatoire qui produit le baromètre LPI est alimenté par 12 000 agences immobilières, agences bancaires, promoteurs et foncières. MeilleursAgents combine les bases publiques et notariales avec les ventes que lui remontent environ 13 000 agences partenaires. Autrement dit, la matière première de ces publications, ce sont nos dossiers : le prix n’est pas sur une facture, il est dans le temps de saisie et dans la donnée qu’on transmet.

Coût caché, celui-là bien réel : l’habitude. Sur mes 2 950 € HT d’outils et de diffusion par mois, aucun poste ne me donne accès à une série de prix opposable. Le seul accès qui compte ici est gratuit. J’ai mis des années à ouvrir moi-même les publications au lieu de reprendre le chiffre déjà repris par un confrère.

Sur la valeur, les sources publiques l’emportent : gratuites, documentées, et vérifiables ligne à ligne par la personne assise en face de vous.

Quel chiffre citer selon ce que vous voulez démontrer

Dirigeant qui arbitre une embauche ou un budget de diffusion : l’indice trimestriel et les volumes de transactions. Au premier trimestre 2026, l’INSEE estimait 952 000 ventes sur douze mois, soit 2,5 % du parc contre 3,3 % au troisième trimestre 2021. C’est cette proportion qui dit combien de dossiers votre secteur peut produire, pas une variation de prix.

Négociateur en rendez-vous vendeur : le baromètre pour le niveau et la marge de négociation, jamais seul. Un chiffre national ne défend pas un prix ; il ouvre la conversation que vos comparables vont clore, et c’est l’avis de valeur signé qui engage celui qui l’a écrit.

Gestionnaire locatif qui justifie un loyer : la carte des loyers, en précisant qu’elle est charges comprises et qu’elle exclut le meublé. Elle ne remplace aucun des trois régimes qui encadrent la fixation d’un loyer.

Cas limite : commune de moins de trente ventes par an, bien atypique, marché de niche. Aucune des trois familles ne répond. On descend dans les mutations une par une et on assume que l’échantillon est mince.

Questions qui reviennent

Un baromètre est-il moins fiable qu’un indice officiel ?

J’ai posé la question dans ces termes pendant des années, et elle ne mène nulle part. Les deux ne répondent pas à la même demande : l’indice mesure une évolution à qualité constante sur des actes, le baromètre mesure un niveau au compromis. Un baromètre dont la méthode est publiée, avec sa base, ses pondérations et son échantillon, est un instrument sérieux. Le défaut est chez celui qui cite un chiffre sans dire ce qu’il mesure.

Pourquoi deux publications donnent-elles des chiffres opposés le même mois ?

Parce qu’elles ne parlent pas de la même période. Un baromètre publié début août décrit des compromis de juin et juillet. Un indice publié en mai décrit des actes de janvier à mars, donc des compromis de l’automne précédent. Six mois séparent les deux photographies. Ajoutez que l’un mesure une évolution à qualité constante et l’autre un niveau moyen corrigé par pondération, et l’écart n’a plus rien de mystérieux.

Peut-on comparer un prix d’annonce à un prix signé ?

Oui, à condition que les deux mesures viennent du même producteur, ce que fait la marge de négociation publiée par LPI. Comparer le prix affiché d’un portail au prix net vendeur d’un indice n’apprend rien, parce que les deux ne portent ni sur les mêmes biens, ni sur les mêmes dates, ni sur la même définition du prix.

Le baromètre LPI-SeLoger existe-t-il toujours ?

L’observatoire existe, son partenaire de diffusion a changé : le baromètre paraît aujourd’hui sous le nom LPI-iad. Attention à la documentation qui traîne. La page qui explique la méthode du baromètre chez SeLoger est datée du 1er février 2015 et cite parmi les membres le Crédit Foncier, dont l’activité a été reprise par le groupe BPCE en 2019. Elle sort encore dans les recherches, et elle décrit une composition qui n’existe plus.

Un indice permet-il de calculer un prix au mètre carré ?

Non, et c’est la confusion la plus répandue. Un indice en base 100 en moyenne annuelle 2015 dit de combien un panier de référence s’est déplacé, pas ce que vaut un appartement rue de la Colombette. Pour un niveau en euros, il faut un baromètre, un observatoire local ou vos propres comparables. Pour une évolution défendable devant qui vous contredit, il faut l’indice.

Le verdict, catégorie par catégorie

Ce qu’on compareCe qui l’emporte
Indépendance du producteurIndice Notaires-INSEE
Matière premièreIndice Notaires-INSEE
Niveau en euros affichableBaromètre de réseau
Couverture géographiqueIndicateur d’annonce
Fraîcheur du chiffreBaromètre de réseau
Coût et vérifiabilitéSources publiques
Globall’indice pour prouver, le baromètre pour dater

Aucune de ces trois familles ne se substitue aux deux autres, et le professionnel qui n’en cite qu’une se prive à chaque fois de quelque chose : de la fraîcheur, de la preuve ou du terrain. Ma règle depuis 2023 tient en une phrase, et c’est la mienne, pas la vôtre : je nomme la publication, sa date de parution et la période qu’elle couvre, avant d’annoncer le chiffre. Trois secondes de plus en rendez-vous, et personne ne me ressort un chiffre contraire sans que je sache pourquoi il diffère.

Ce que je regarderai à la prochaine révision : l’étiquette énergie fait partie des caractéristiques du modèle hédonique. L’indice neutralise donc l’effet du diagnostic sur les prix, quand le prix affiché, lui, l’encaisse en plein. Deux courbes qui divergent pour cette seule raison, ça se verra dans les années qui viennent, et ce sera une information sur le marché plutôt qu’une erreur de mesure.